C'est la derniere fois que , ce matin , je conduit les enfants à la vieille école. C'est la derniere fois parce que la vieille école va etre fermée. Elle est usée , fatiguée , vermoulue. Elle n'en peut plus , elle a beaucoup donné.Vieille du village entre les vieilles , tout de gris vêtue. Elle se chauffe encore un peu au soleil d'été et sourit aux enfants. Elle tient à garder bonne contenance jusqu'à la fin des classes et ne montre pas sa peine. Car c'est trop dur. Juste en face , toute neuve et jeunette sous un chapeau d'ardoises bleues , avec ses grandes baies vitrées , son gymnase , sa salle de documentation , ses ordinateurs , la nouvelle école est quasi prête pour la rentrée de septembre.Elle est un peu fierote quoique vide ey sans odeur d'enfants, sans vêtements oubliés.
En face , la vieille va s'assoupir tout l'été , finir en silence , mourir de silence. Le silence des ombres dans la cour. Les odeurs de craies et de respirations tiédies seront confinées dans les classes , avec des visages attentifs , des sourires , des larmes de leçons pas sues, des poussières de participes et de règles de trois, des comptines enfuies, des chansons muettes , des récitations évaporées.
Là , ces manteaux vides d'enfantsaux patères de couloir , ce chausson unijambiste sur le carrelage ,c es vieux cahiers enmplis de feuilles mortes. La vieille frissonne au soleil et serre sur elle son écharpe de passé.
Se taire dans le silence vibrant de l'été, se taire pour entendre des mots attardés , des verbes pour tous les temps , des mots à signer , des mots à copier.En haut , à gauche du tableau j'écrirais la date du jour quand mourra la vieille en gris.Ecrire les mots indisciplinés , les verbes qui commandent la phrase , la phrase qui racontera cette mort de septembre , avec , tout au bout , un point fatal.
Cahier du soir d'un éducateur -Jean Cartry-